01.07.2009
ALAN WILKINSON / JOHN EDWARDS / STEVE NOBLE – Live At Oto
J’en ai connu des contrées sauvages, faites de bosses, de plaies de montagnes infranchissables à l’azur obstrué. J’en ai connu des chants de coton perturbés par l’Afrique insoumise, de ces combats qui mènent à la chute ou à la gloire sans que l’on sache pour qui l’on s’est battu. Ce cri primaire qui ouvre l’apothéose, annonciateur d’un jazz libéré, aux contraintes démantelées, se prolonge encore et encore au bout de ce saxo démesuré.
Alan Wilkinson, John Edwards et Steve Noble derrière ce trio endiablé qui jongle avec le free jazz sans complexe, alternant la fureur la plus flamboyante et les parenthèses groove sans dessus dessous. De l’humour chaotique comme on n’en fait plus, la première demi-heure en est pleine. Le morceau fleuve « Spellbound » s’écoule sans jamais s’écrouler, évolue, mue, se transforme note après note, sans but apparent, sans chemin itinéré. Une tension incroyable se dégage de cette vitalité, qui vous fait transpirer à grosse goute noyant le front de cette bataille sous la sueur des combattants. Un souffle, un ouragan permanent assène ses coups sans cesse répétés, puis c’est l’Art ensemble of Chicago qui semble être convoqué pour ces expérimentations étranges et suraigües, aux sillons tout à coup reposés. Mais ce n’est qu’une impression, car la machine s’emballe à nouveau, comme un cheval fou que l’on ne peut plus arrêter, la batterie martèle, frappe, tape, elle tabasse tout ce qui passe sous ses baguettes, comme pour trouver le point d’impact qui fera enfin cesser cette cavalcade. Le morceau s’éteint, épuisé, à bout de nerfs et de force, non sans avoir réduit son auditoire en morceaux. « Recoil » prend le relais, et c’est à nouveau l’Afrique que l’on traverse, mais une Afrique plus groovy, qui sonne comme un James Brown croisé avec Ornette Coleman. Le batteur tente visiblement d’occire son instrument le plus rapidement possible, accélère le rythme, encore et toujours, frise alors le Punk rock, puis se souvient alors qu’il doit sonner jazz et se met à swinguer élégamment, rappelant ainsi ce petit club de jazz où l’ouragan vient de passer. Le morceau de bravoure, d’une intensité rarement entendu, s’évapore alors dans les applaudissements d’un public que l’on imagine ébahit mais K.O. Ce disque est énorme, je vous le dis.
PS: Merci au guide spirituel qui saura se reconnaître pour m'avoir fait découvrir ce disque!
07:34 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : free jazz



Commentaires
Je note ça sur la liste de mes futurs achats.(oui, avec un post-it!)
Ecrit par : Bilboquet | 01.07.2009
de rien ;o)
Ecrit par : myrrhman | 02.07.2009
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