03.11.2009

Erreur d'aiguillage

Finalement, après quelques années, je me rends compte que je me suis trompé de métier. Bon, remarquez, mon métier actuel, je ne l’ai pas non plus choisi par passion. Les miches rivées sur un fauteuil toute la sainte journée, c’est mieux que sur la route, comme disait le brillant Gérald, mais d’un point de vue enrichissement personnel, il faut bien admettre que c’est vite limité.

 

Il y a quelques jours, j’ai entendu l’album de The Editors. Un nouvel album dont j’ai oublié le nom, mais dont vous pourrez entendre un extrait plus bas, si toutefois vous créchez sur Pluton, et qu’en plus, vous n’avez pas la radio.

 

Et là, je me mets à la place d’un critique à qui on demande de torcher une chronique sur ce nouveau disque, visiblement sur toutes les lèvres… Alors, là, il y a deux écoles. Soit vous bossez aux Inrocks, à Télérama, ou dans une autre revue qu’il est de bon ton de lire, soit vous bossez dans une revue dont tout le monde se cogne.

 

Les Inrocks ont aujourd’hui tellement peur de louper le truc du moment, histoire de raccrocher les wagonnets d’un lectorat désertique, qu’ils seraient bien capables de trouver ce disque extraordinaire… Je mets tout cela au conditionnel car je ne lis plus les inrocks depuis… 5 ans environ.

 

« Salut ma poule ! Tiens, je te file le disque pour ton papier !

C’est qui ?

Le nouveau Editors !

Ah ? Pas moyen que j’en fasse un autre ?

Sinon, t’as l’album de Noël de Dylan !

Génial, t’as sucé un clown aujourd’hui ? Bon, file moi ton disque ! Je suis obligé de l’écouter ?

Ben, çà dépend. T’as écouté le précédent ?

Ouais…

Bon, ben, c’est bon alors, te casse pas le béret ! »

 

« The Editors, c’est la grande claque de l’automne, ce doux mélange entre Joy Division et Laurent Garnier ne cesse d’ébahir tous vos sens les plus affûtés. Une inventivité de tous les instants, et ce doux sentiment de tomber sur quelque chose de rare, et pourquoi pas, soyons fous, d’inédit. The Editors n’inventent pas une nouvelle formule pour jouer un rock teinté d’électro racé et intense, ils sont l’incarnation même de cette quintessence musicale. Le joueur de tambour bastonne comme rarement sur des rythmes hypnotiques et tendus, alors que le…. Merde, comment on dit déjà… le… Le joueur de guitare où il n’y a que quatre cordes souligne avec majesté la finesse des compositions. Bref, The Editors est sans nul doute l’avenir du rock tel que nous l’avons rêvé. »

 

Bon, vous allez me dire, j’exagère, les journaleux des inrocks savent quand même ce que c’est qu’une basse. Possible. Mais çà ne les empêche pas de, régulièrement, porter haut et fort des groupes surévalués qui, manifestement, seront oubliés aussi vite que le mec que vous avez croisé ce matin dans la rue en allant au taf.

 

Par contre, si vous bossez dans un canard plus sérieux, et plus indépendant (il en reste ?) ou mieux encore, si vous avez un blog perso, vous pouvez refaire la même chronique, en changeant sensiblement le texte…

 

« The Editors, c’est la grande bouse de l’automne, cet indigeste mélange entre Joy Division et Laurent Garnier ne cesse de flétrir tous vos sens les plus sensibles. Une inventivité façon Rank Xerox de tous les instants, et ce doux sentiment de tomber dans le coma sous peu si le disque perdure. The Editors n’inventent pas une nouvelle formule pour jouer un rock teinté d’électro racé et intense, ils la recrachent en oublier au passage de composer des chansons. Le batteur semble avoir un encéphalogramme proche du bigorneau  pendant que le bassiste lit les partitions de New Order. Bref, The Editors sont nuls et non avenus, et il est à espérer que l’avenir du rock se fasse sans eux. »

 

Mais bon, je me demande quand même si çà passerait…