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de la musique

  • Guillermo Klein y Los Guachos : Live in Barcelona - suite

    live-barcelona.JPGAprès trois disques new-yorkais avec son big band, véritable pépinière de talents (Seamus Blake, Mark Turner, Miguel Zenon, Ben Street, Kurt Rosenwinkel, Reid Anderson, Aaron Goldberg, Jorge Rossy... sont passés dedans à un moment), ce quatrième opus de Los Guachos a été enregistré lors de l'édition 2004 du festival de jazz de Barcelona (source : seo barcelona ) . Pour l'occasion musiciens new-yorkais, argentins et espagnols se sont mêlés à la fête. Le résultat est un orchestre de onze musiciens plus une chanteuse, avec trois saxophonistes (parmi lesquels les excellents Chris Cheek et Bill McHenry) et trois trompettistes, ou encore Ben Monder à la guitare et Jeff Ballard à la batterie pour ne citer que les plus connus de l'ensemble.

    Musicalement, l'orchestre joue un jazz aux couleurs latines qui ne sonne pas "latin jazz". On s'approche plutôt de certaines ambiances à la Gil Evans (je pense à son disque Out of the Cool par exemple). Le plaisir est ainsi égal qu'il s'agisse des passages orchestraux aux arrangements particulièrement raffinés ou des solos fort variés des différents musiciens. L'ambiance est incontestablement ensoleillée mais a le bon goût de ne pas en rajouter au niveau rythmique, privilégiant l'aspect chantant des cuivres, de la guitare et du piano. Guillermo Klein prend ainsi le temps pour nous faire visiter ses paysages musicaux. Il ne s'agit pas tant de prendre un TGV rythmique (défaut récurrent du jazz latino), que de voyager mentalement entre différentes ambiances, des tours new yorkaises aux grandes étendues argentines en passant par quelques espagnolades à la mode jazz (Evans/Miles à l'horizon). Le résultat n'en est que plus remarquable et pourra donc ravir bien au-delà des cercles trop bien établis.

    J'ai comme d'habitude ajouter de quoi satisfaire votre curiosité dans la radioblog, en espérant qu'elle refonctionne convenablement. Et, dans les jours ou semaines à venir, je rédigerai certainement une note complémentaire sur le label Fresh Sound New Talent et quelques unes de ses meilleures productions, histoire d'explorer un peu plus en détail ce "jazz réformiste" dont on n'a pas fini de parler.

    Guillermo Klein y Los Guachos : Live in Barcelona, Fresh Sound New Talent, 2005

  • Guillermo Klein y Los Guachos : Live in Barcelona

    barcelona.JPGLes clichés ont la vie dure. Il y a toujours quelqu'un pour les remettre en cause sous prétexte qu'ils ne correspondraient pas à la réalité. Un cliché utile qui court dans le jazz, notamment américain, depuis quelques décennies maintenant est le fossé irréconciliable entre conservateurs et révolutionnaires.

    D'un côté ceux qui aiment le swing de la tradition et ceux qui l'entretiennent, qui ont fait de Wynton Marsalis leur Dieu. De l'autre ceux qui ne conçoivent le jazz qu'à travers une démarche de radicalisation toujours plus poussée, qu'ils soient apôtres du free regroupés autour de William Parker ou iconoclastes de la Downtown Scene glorifiant John Zorn. Entre ces deux extrêmes, rien. Et bien entendu, jamais ces deux communautés ne se rencontrent. Il est vrai que, malgré ses imperfections (quid de Steve Coleman ?), ce cliché a été assez structurant ces vingt-cinq dernières années pour que les circuits new-yorkais, et par conséquent mondiaux, de ces deux jazz ne se recoupent que peu fréquemment (en fait plus souvent qu'on ne veut bien le dire, mais les fans étant plus obtus que les musiciens, il ne faut pas trop l'ébruiter).

    Mais, comme tout cliché qui connait un trop grand succès, arrive donc le jour où il explose en plein vol. Depuis la fin des années 90, le coeur du jazz mondial (NYC) s'est remis à bouillonner, bien au-delà de ses seuls marges post-free. Et la génération de musiciens (aujourd'hui trentenaires) au coeur de ce bouillonnement n'est ni conservatrice ni révolutionnaire. Pas de bruitisme à s'exploser les tympans. Pas non plus de bop bien léché comme autrefois. Non, une musique qui maintient incontestablement un cadre jazz, mais pour inventer de nouveaux codes à l'intérieur de ce cadre. Il ne s'agit plus ni de faire exploser le cadre, ni de se contenter d'en suivre indéfiniment les contours. Jouer du jazz au lieu de jouer avec le jazz.

    Bizarrement le label le plus actif quant à la documentation de ce "jazz réformiste" (Fresh Sound New Talent) n'est pas américain mais espagnol. Et pour corser le tout, Guillermo Klein, dont il est question dans cette note, est un pianiste argentin. Mais il a vécu à New York de 1995 à 2002 et a été l'un des fers de lance de cette régénération à la tête de son big band Los Guachos. En 2003, Klein s'est installé à Barcelone. Le disque à l'honneur ici est le résultat de ce parcours.

  • Avis sur Dave Douglas - Keystone

    keystone.JPGDave Douglas est décidément prolifique. Quelques mois après son formidable Mountain Passages, le trompettiste nous revient avec un nouveau projet. A la tête d'un sextet électrique, il s'est mis dans l'idée d'illustrer musicalement les films de Roscoe "Fatty" Arbruckle, star du cinéma muet américain, prédécesseur de Buster Keaton et Charlie Chaplin. Cela nous donne un CD accompagné d'un DVD, produit par le jeune label indépendant Greenleaf Music, au sein duquel Dave Douglas est très actif. Le DVD propose deux films de Roscoe Arbruckle - un moyen et un court métrages - illustrés par la musique du trompettiste, alors que le CD reprend les morceaux de la bande son, développés dans leur intégralité.

    Si les films datent de 1915-1916, la musique ne fait pourtant pas référence au jazz de l'époque. Dave Douglas a fait le pari de la modernité, avec un sextet très électrique. Outre Douglas, on y retrouve Marcus Strickland aux saxophones, Jamie Saft à l'orgue wurlitzer, Brad Jones à la basse, Gene Lake à la batterie et DJ Olive aux platines. Une bien belle équipe en clair. Passé l'effet de surprise, force est de constater que l'adéquation entre image et musique fonctionne à merveille. Les soubressauts rythmiques du sextet accompagnent les mouvements des personnages et de la caméra, et le décalage temporel s'estompe rapidement. Pourtant, la musique s'écoute aussi pour elle-même. Funky, chaude, tour à tour tendre ou humoristique, elle évoque évidemment l'univers des films d'Arbruckle, mais peut également s'entendre comme une vision contemporaine, et marquée Downtown, du jazz-funk des années 70, dans le sillage du dernier opus de Meshell Ndegeocello ou des disques de Medeski, Martin & Wood par exemple. Très différent de ses plus récents disques, ce nouveau Dave Douglas reprend un peu le flambeau de Freak In, mais dans un format plus maîtrisé, avec un groupe stable et resserré. La finesse de Marcus Strickland aux saxophones, véritablement soulful, incorpore de la douceur dans le tourbillon sonore de DJ Olive et de la section rythmique très groovy. Et bien entendu, comme à son habitude, Dave Douglas est délicieusement incisif à la trompette, mariant à merveille précision du discours et instauration d'un climat singulier.

    Dave Douglas : Keystone, Greenleaf Music, 2005

     

     

  • The Notwist : Close To The Glass

    The Notwist est un groupe rare. Se faisant volontairement discret entre deux albums ou travaillant sur des projets parallèles, les Allemands étaient muets depuis la sortie de The Devil, You + Me en 2008.

    Ce Close To The Glass est sans doute le disque le plus consistant qu’ils ont publié à ce jour, avec le mythique Neon Golden. Sa gestation a été difficile mais rien n’en transparaît : les mélodies coulent de source (le splendide Casino) et les expérimentations sonores de Martin Gretschmann se marient à merveille avec la voix apaisante de Markus Acher (Run Run Run).

    Pour causer marketing, The Notwist a tout d’une valeur refuge. Mais comme on préfère les sentiments, on se contente d’écrire que Close To The Glass est un de ces albums qui réconcilient avec une écoute domestique et patiente de la musique.

     

  • Vermont – « Vermont » LP [Kompakt]

    vermont.JPGIl est toujours judicieux pour un artiste de choisir un nom qui évoque des paysages, des atmosphères, des températures ; le tableau mental se peint ainsi bien plus précisément. Ceci en tête, pensez maintenant au Vermont, ce bel État du nord-est des États-Unis surnommé « The Green Moutain State » pour son abondance de végétation et son silence vous rappelant qu’ici, vous êtes en paix. C’est fait ? Bien, nous pouvons commencer.

    Son homonyme musical, récemment signé chez l’insatiable Kompakt avec un LP éponyme, est un duo allemand formé de Marcus Worgull et Danilo Plessow. Là, il faut lire entre les lignes : ce dernier n’est autre que le mignon discoïde qui se cache derrière Motor City Drum Ensemble, tandis que le premier nommé est un éminent membre d’Innervisions. L’un est de Stuttgart, l’autre de Cologne. Sur le papier, tout cela sonne très froid, mais forcément dansant. Pourtant il n’en est rien.

    Vermont fait partie de ces oeuvres musicales électroniques qui s’écoutent en chambre, dans une ambiance tout sauf festive, comme sait si bien le faire Oneohtrix Point Never notamment. Ces quatorze jam-sessions transpirent la chaleur d’un sauna après un bain glacé dans un fjord ; on en ressent la même sensation de plénitude. Et c’est bien là le tour de force de l’album, la musique électronique étant généralement – et vulgairement – perçue comme glacée et sans âme par certains mélomanes, ces trop jeunes antiquaires qui voudraient mettre un Point final a une musique qu’ils ne comprennent pas.

    On connaissait déjà « Majestät » et son galop électronique, lent et impeccable. Le reste du disque poursuit dans la même lignée, avec ses nappes envoutantes, et ses synthétiseurs candides, redondants, mais dont on ne se lasse pas. Quel plaisir de se promener dans cette forêt étrange et humide qu’est « Übersprung », d’aller pêcher le saumon sauvage avec « Lithium », ou encore de contempler le soleil qui se cache derrière la cime d’une montagne pendant que « Dynamik » résonne dans un écho. Nous retrouvons tout le long du disque le monde imaginaire de Kraftwerk jusqu’aux sonorités chaleureuses de Todd Terje, la danse en moins. Cependant, amis DJs, un conseil : passez-donc un « Rückzug » à 4 heures du matin, vous nous en direz des nouvelles.

  • Album Blues : Nawfel « The War Of Sound »

    Du groove et des hommes… Ce pourrait être une façon de résumer « The War Of Sound », le nouvel album de Nawfel. Mais l’on trouve plus que du groove sur ce CD, qui se déguste comme un monstrueux dictionnaire de citations musicales. Tous les sons seventies que vous avez aimé y sont : clavinet, Hammond B-3, piano Rhodes, ainsi que toutes les configurations guitaristiques imaginables - car on est ici sur les terres d’un guitar freak pathologique, qui n’hésite pas étaler sur le livret sa collection de modèles vintage.

    war.JPGPour ma part, j’avais presque oublié Nawfel, ce jeune prodige de 14 ans, découvert par Universal en 1999. C’était bien avant le phénomène des baby rockers et Nawfel préférait déjà la compagnie (et la musique) des musiciens des générations précédentes. Aussitôt envoyé en studio pour un premier album, il se vit propulser l’année suivante en première partie de Johnny Hallyday, qui est alors l’artiste numéro 1 d’Universal (parti depuis pour Warner, mais ne remuons pas le couteau dans la plaie…).

    La gestation de ce second album semble avoir été fort longue. Les notes de pochette nous apprennent que si les bases ont été enregistrées en 2001, à Paris, le mixage ne s’est tenu qu’en 2006, à Los Angeles. L’album est ensuite resté dans les tiroirs pendant deux ans avant qu’une date de sortie ne soit fixée. Ce qui n’a guère d’importance finalement, le son de Nawfel étant intemporel et délibérément classic rock.

    Bien sûr, on pourra arguer que s’il est un habile compositeur, Nawfel a le solo un peu « court ». Il est vrai que l’on n’est pas face à un soliste hors norme - du reste, les passages improvisés sont rares. Son talent réside ailleurs. Dans les arrangements, les climats, le choix des sons, des musiciens... Comme Jessie Chaton - plus chat sauvage que chaton- l’androgyne chanteur de Fancy qui donne de la voix sur les deux morceaux chantés de l’album.  

    Si vous avez besoin d’un mode d’emploi pour ce disque, je proposerai : pour fin d’après-midi californienne, à écouter dans une Corvette 69, en remontant lentement Sunset boulevard, en compagnie de la soul sister de votre choix.